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Lestampe multimodale |
Caroline Viannay | |
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On loublie trop souvent, lestampe est parfois un moment dans une démarche artistique plus globale. Soit, quelle corresponde à une période, soit, quelle soit une des facettes dun travail qui épouse volontiers dautres modes dexpression. Cette démarche peut être aussi encore plus originale et subvertir volontairement toutes les catégories traditionnelles des arts plastiques. Dans cette voie, Caroline Viannay se coule sans complexe car elle ne saurait se résoudre à sarrêter à une seule dentre elles. Armée dune solide formation scientifique qui la destinait à des travaux plus terre à terre, elle en est venue à la gravure par la peinture. A ce jour, ses toiles nous sont encore restées inconnues mais nous la connaissons mieux comme une xylographe accomplie et comme une manieuse dacides et de couleurs en des estampes quelle expose plus souvent. Elle sait encore se faire manieuse de plume en se lançant dans la jonglerie des mots quelle tricote dans les ambiguïtés de la langue et quelle édite dans ses livres rares-objets. Sa palette expressive, elle ne cesse donc de lenrichir par de nouveaux outils. Jignore si elle sculpte mais le maniement des volumes ne lui est pas apparemment étranger. Du peintre à lécrivaine, elle joue avec tous ces outils en se jouant de leurs frontières. Pourtant, cette papillonnante quête nest pas le symptôme dune instabilité expressive car elle reste conduite par un dessein pugnace. Il débute par lidée-force, le concept. Cette abstraction prend alors réalité et existence en sincarnant dans des matières, des formes, des couleurs ou des lettres. Toutefois, lobjet final nest jamais conçu a priori dans sa totalité. Son élaboration exige des boucles ditération successives, des retours en arrière, des interactions avec les matières médiatrices et des reprises qui synthétisent sans les abandonner les phases préliminaires. A dire vrai, il ny a pas dobjet final même si son incarnation, à un moment donné de ce cycle, soit proprement exécutée et donc présentable. Il reste une expression parfaitement provisoire dun mouvement inachevé. Cette caractéristique de ses objets (estampes, livres dartiste, etc.) nest pas seulement temporelle. Elle réside aussi dans une tierce dimension, une dimension combinatoire où le tout et la partie, le détail et lensemble, se subvertissent lun lautre. Il sagit là dun trait saillant de son travail. Caroline Viannay peut semer ainsi un furieux désordre dans un système stable - une image, par exemple - en le recombinant dans un autre ordre qui nest pas plus arbitraire que le premier et ainsi de suite. Pour pouvoir celer aux regards les simples motifs qui le composent, elle les mute dans tous les modes dexpression possibles, comme dans le jeu de Tangram où lon peut inventer toutes sortes de figures à partir de sept pièces géométriques simples. Pour cela, elle utilise des traces, des entailles, des couleurs, des matières, des superpositions et des translations en dinfinies variations. Il nest donc guère étonnant que les images informatiques la fascinent et la captivent. Il nest donc pas étrange quelle ne puisse dans ses estampes se contenter dune seule méthode. Au contraire, elle cherche à sapproprier et à introduire dans sa panoplie les procédés dimpression daujourdhui et principalement les technologies numériques, comme certains créateurs destampes lavaient fait, en leur temps, en usant de leau-forte, de la lithographie ou de la sérigraphie, etc. Caroline Viannay, en exposant ses forts beaux objets, prouve que cette voie est possible et artistiquement féconde et quelle concilie loriginal et le multiple. Elle le prouva une nouvelle fois, lors de la dernière exposition de Graver Maintenant à lErmitage, par ses guirlandes verticales accrochées en offrande en marge de lestampe et qui combinaient tous ces modes dexpression : dessins, textes, images, matières et volumes. Quimporte alors si certains esprits chagrins, voire réactionnaires, préfèrent les cloisonnements commodes de la tradition et tant mieux si cette approche multimodale de lestampe ouvre la porte à limagination et à la rêverie car cest cela qui compte, in fine, pour nos regards. Claude Bureau |
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